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Dépêche AFP - 27 aout 2003

Poursquoi la canicule n'a-t-elle pas fait de victimes en masse en allemagne ?
par Géraldine SCHWARZ

BERLIN, 27 août (AFP)

Frappée d'une canicule semblable à la France, l'Allemagne semble avoir été épargnée par une vague massive de décès, grâce à une conjonction de facteurs: bonne répartition géographique du réseau sanitaire, absence de concentration de départs en août et meilleure solidarité avec les personnes âgées.

Des températures avoisinant les 40 degrés Celsius, 32 jours consécutifs au-dessus de 25 degrés à Berlin, le tout sans pluie... tous les records de chaleur ont été battus en Allemagne dans la première quinzaine d'août.

Et pourtant, de vague macabre, aucune. Certes, les autorités ne disposent pas encore de statistiques officielles pour déterminer le nombre exact de décès liés à la canicule, mais plusieurs sources s'entendent pour exclure un phénomène à la française.

Les pompes funébres de plusieurs Etats régionaux n'observent pas d'"augmentation inhabituelle du taux de mortalité" sur cette période, tandis que quelques maisons de retraite ont signalé une trentaine de décès qui pourraient être liés à la canicule. D'autres sources font état de trois morts dans le nord et trois dans un hôpital de l'ouest.

"A moins que les retraités allemands supportent mieux la chaleur que les retraités français", ironise la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), la raison est à chercher dans l'efficacité de la prise en charge sanitaire des personnes âgées en Allemagne.

"Le fédéralisme permet un réseau de prise en charge recouvrant l'ensemble du territoire" et une prise de décision plus rapide, estime le directeur de l'hôpital Gesundbrunnen à Hofgeismar, Werner Vogel.

Les 8.500 maisons de retraite du pays proposent plus de places (850.000) qu'il n'y a de demandes et disposent de deux à trois fois plus de personnel qu'en France en moyenne, selon les statistiques du ministère de la Santé.

Le pays disposait de 91,1 lits d'hôpital pour 10.000 habitants en 2000, dont le taux moyen d'occupation se situe à 80%.

Le personnel de santé comptait plus de 4 millions de personnes en 2000 pour 82,4 millions d'habitants, dont 24,1% a 60 ans et plus (soit 19,8 millions) et 3,9% 80 ans et plus (3,2 millions).

"Peut être l'Allemagne a-t-elle pris conscience avant la France du vieillissement de sa population et offre aujourd'hui une des meilleures prises en charge des personnes âgées à l'échelle européenne", souligne Lothar Klaes, président de l'Institut scientifique médical d'Allemagne.

En France, où l'on avance un bilan de la canicule allant jusqu'à 10.000 morts, les insuffisances criantes en personnel et équipement sanitaire sont montrées du doigt.

Des lacunes qu'aggrave la restriction estivale des lits et des effectifs, un phénomène qui n'existe pas en Allemagne, par tradition ou par précaution.

Pourtant, le réseau sanitaire ne suffit pas à expliquer l'absence d'hécatombe, lorsqu'on sait que la moitié des victimes en France sont décédées chez elles.

"Les personnes âgées ici bénéficient d'un réseau constitué de la famille et de bénévoles, un système de vigilance qui fonctionne bien", estime Ingo Leven, un sociologue qui étudie le sujet pour l'Institut d'études et de sondages Infratest.

Sur 1,65 million de personnes âgées les plus fragiles - celles touchant une "allocation dépendance" -, 1,2 million ne sont pas placées en maison de retraite. Parmi ces dernières, deux tiers sont exclusivement prises en charge par des proches et l'autre tiers bénéficie de l'assistance d'un infirmier, qui peut s'ajouter à celle des proches, selon le ministère de la Famille.

Parmi les plus de 65 ans, une personne sur vingt est dans une maison de retraite. Parmi les plus de 80 ans, une sur trois, selon la même source. "On ne peut pas parler d'isolement des vieux en Allemagne", conclut M. Leven.

AFP 271249 AOU 03